Lundi 26 avril 2010
1
26
/04
/Avr
/2010
15:06
TEXTES :
- BRILLAT SAVARIN "La physiologie du goût"
- Patrick GRAINVILLE " "l'atelier du peintre"
- MONTAIGNE "De la vanité"
PROPOSITION DE SYNTHESE :
La vie impose des détours généralement destinés à améliorer notre condition et ce dans un grand nombre de domaines. Brillat Savarin dans « la physiologie du
goût » édité en 1826 s'attache aux plaisirs épicuriens liés aux négociations commerciales et politiques alors que Montaigne dans « De la vanité » écrit entre 1580 et 1595 se livre
à un plaidoyer en faveur du voyage qui permet de mieux comprendre ce qui se passe hors de nos frontières et de mieux en apprécier les avantages, enfin Patrick GRAINVILLE dans
l' « atelier du peintre » écrit en 1988 se penche sur la communication furtive née d'un projet commun et de l'aboutissement par le repas que l'on partage. Ces oeuvres nous
permettent de nous demander pourquoi l'homme utilise le détour ? Comment il s'en sert au quotidien et s'il peut le considérer comme un art de vivre.
L'homme utilise le détour bien souvent dans le cadre d'un déplacement ce qui lui permet de prendre son temps et d'apprécier les paysages, c'est le cas de Montaigne
dans « De la vanité » qui en hiver traverse les Grisons mais en prenant son temps et en étant attentif aux us et coutumes des autochtones. L'écrivain se laisse guider au gré de son
humeur. Brillat Savarin de son côté dans « la physiologie du goût » s'attache à nous expliquer que le repas est un détour efficace dans la négociation politique et commerciale. Il
estime que l'homme bien nourri est plus ouvert aux discussions. Patrick GRAINVILLE de son côté » envisage le détour comme un chemin vers la création et l'art comme un détour qui mène à la
vie. Tant GRAINVILLE que MONTAIGNE ou encore BRILLAT SAVARIN s'attachent à considérer le détour comme nécessaire à l'aboutissement d'un projet. MONTAIGNE utilisant ses voyages pour communiquer
par écrit ses expériences, GRAINVILLE utilisant des inconnus pour poser et favoriser la création et enfin BRILLAT SAVARIN pour finaliser des négociations.
L'homme se sert du détour au quotidien afin de mieux comprendre ce qui l'entoure. Montaigne estime qu'on doit étudier les autres afin de mieux comprendre leur façon
de vivre. Il n'aime pas que les hommes s'effarouchent des formes contraires aux leurs et qu'ils se défendent de la contagion d'un air inconnu. Brillat Savarin pense que convaincre permet de
soumettre autrui et donc d'obtenir ce que l'on veut. Le repas est pour lui un détour nécessaire à la négociation. Grainville pense que faire cohabiter dans la création des inconnus peut enrichir
le résultat artistique. Ce détour difficile peut se révéler particulièrement intéressant et enrichissant.
L'homme peut également se servir du détour pour se divertir. Le voyage n'est-il pas un amusement pour Montaigne ? Grainville ne parle-t-il pas de volupté et de
gourmandise ? Enfin Brillat Savarin n'évoque-t-il pas le plaisir de la bonne chère et des sens ?
Mais le détour sert aussi à convaincre, pour Brillat Savarin c'est un art, la table créé une sorte de lien qui sert l'argumentation. Montaigne nous convainc que
s'adapter à autrui et à ses habitudes est enrichissant, quant à Grainville il nous persuade que convaincre des personnes étrangères à partager un projet est possible et créatif.
En tout cas au quotidien, Montaigne voyage en prenant à droite à gauche où ses envies le portent, Grainville réitère ses expériences improbables dans son atelier et
Brillat Savarin traite des affaires en utilisant le détour.
Mais l'homme peut-il considérer le détour comme un art de vivre ? Le gastronome Brillat Savarin dans sa « Physiologie du goût » associe la nourriture au
plaisir de la conversation et immanquablement aux attraits de la réussite commerciale ou du discours politique. Il estime que les grandes décisions se prennent à table. Il précise que même les
civilisations les plus barbares négocient autour d'un festin. L'homme qui a bien mangé n'appréhende plus le monde de la même façon assure-t-il. Il ajoute que les repas sont devenus un moyen de
gouvernement.
Patrick Grainville dans « l'atelier du peintre » plonge des inconnus qu'il dit avoir sauvé de la mendicité, de la drogue ou encore de la prostitution dans
le milieu artistique les déshabillant pour les offrir à des artistes. Il entraine toutes ces personnes dans une forme de sensualité des plus charnelles. Montaigne se laisse guider dans ses
voyages par sa fantaisie et son ouverture d'esprit. Il considère comme un art de vivre cette liberté de voyager et de découvrir les autres sociétés. Il est touché par le plaisir de la variété et
la diversité des façons. Le détour semble donc être un art de vivre qu'il soit culinaire tel que nous le présente Brillat Savarin, artistique comme le décrit Grainville ou encore humain et social
comme le défend Montaigne.
L'homme utilise le détour pour mieux comprendre ce qui l'entoure mais aussi pour se divertir, convaincre et travailler. Il s'en sert au quotidien et tend à le
considérer comme un art de vivre. Peut-on alors se permettre de considérer le détour comme un luxe que certains s'offrent pour emprunter un autre chemin que celui qui est normalement tracé ? Si
c'est le cas on peut alors se référer au texte de Bénabar intitulé « la paresseuse » écrit en 2004 qui parle d'une jeune femme qui ne souhaite pas bouger et qui lorsqu'elle sort de chez
utilise le seul moyen de transport qui lui convienne, la balançoire car c'est le seul qui est toujours en mouvement et qui n'avance pourtant pas.
j'adorenerienfairec'estmonartdevivrementvotre,
sylvie